RT 2005, un 1er pas face aux enjeux énergétiques du XXIème siècle

 > Par Olivier SIDLER - Directeur de la Sté ENERTECH


Au rythme de consommation actuel, les réserves prouvées d’énergie fossile sont de 40 années pour le pétrole, 63 pour le gaz et 218 pour le charbon et 71 pour l’uranium. Si, au lieu de raisonner à consommation constante (ce qui est évidemment faux), on tient compte de l’augmentation annuelle de la demande (supposée égale à 2%/an), dans 50 ans l’ensemble des réserves prouvées sera épuisé. On découvrira bien sûr d’autres gisements (plus chers). Mais si on considère maintenant les réserves ultimes d’énergie, c’est à dire la totalité de celles que l’on pense pouvoir découvrir et extraire un jour, la croissance de la demande aura eu raison de ce gisement ultime...en 2115, soit d’ici un siècle. Il n’y aura alors plus une seule « goutte » d’énergie fossile à disposition de l’homme.

Ce délai d’un siècle, même s’il peut paraître énorme à l’échelle individuelle, n’en est pas moins ridiculement court au regard des enjeux et du problème posé. En effet, il va falloir changer nos systèmes de production et de consommation d’énergie pour s’adapter. Et ces transformations seront longues : bâtiments, machines, véhicules, sont conçus pour durer plusieurs décennies. Le choix des infrastructures (rail ou route par exemple) a des effets pendant parfois un siècle. Loin de permettre de « voir venir » les quelques décennies de ressources seront tout juste suffisantes pour opérer ces transformations lourdes qui devront en plus commencer par vaincre l’inertie de nos mentalités.

De manière paradoxale, dans ce contexte de relative pénurie, les lois du marché fonctionnent de manière peu claire. L’économie enseigne que le prix d’un bien est le reflet de sa rareté. Or même à 65 dollars le baril, le pétrole est moins cher que l’eau minérale ! Que faut-il en conclure ? Les outils qui régulent si bien la vente en supermarché ne fonctionnent plus de manière satisfaisante dès qu’il s’agit de l’énergie...L’économie nous envoie un signal brouillé quant à la rareté des énergies fossiles, ce qui ne permet pas aux opérateurs d’agir comme pour une pénurie de sucre ou d’eau minérale, c’est à dire en anticipant.

La première conclusion face à la raréfaction des ressources est que, malgré les apparences, on dispose de peu de temps pour trouver de nouvelles solutions et s’adapter à cette situation de pénurie.
 
La seconde observation qui s’impose concerne la localisation géographique des ressources d’énergie fossiles. Ces ressources se trouvent réparties de façon peu homogène à la surface de la Terre : 65 % des réserves de pétrole et 35% des réserves de gaz sont au Moyen Orient, seule région à pouvoir offrir au monde riche sa croissance et ses ajustements de consommation dans le futur. Mais 70% des réserves de charbon sont regroupées dans les trois régions potentiellement les plus puissantes du monde : les USA, la Chine et l’ex URSS.
L’Irak dispose probablement des plus grosses réserves de pétrole du monde, et ce pétrole est le meilleur marché de la planète (son extraction est très aisée). Il pourrait donc constituer demain le prix directeur de l’énergie. Dans ce contexte, la guerre en Irak trouve une explication simple. Elle préfigure d’autres guerres à venir, toutes destinées à contrôler l’approvisionnement en énergie du monde riche. Puis viendront les guerres pour le partage de ces ressources, donc entre pays riches. Ces guerres là seront de type économique, et elles opposeront un tripôle de nations regroupées autour des Etats Unis, de l’Europe et de la Chine. Et ceci se déroulera sur fond de pénurie dans les pays les plus pauvres.
Mais on ne peut aussi exclure encore d’autres conflits, consécutifs aux désordres climatiques eux-mêmes, comme les inondations de certaines régions par la mer, ou la désertification de certaines zones du globe et l’exode des populations vers des pays qui, évidemment, les combattront pour ne pas être envahis.
 
La seconde conclusion face au regain de ces tensions géopolitiques est que les stratégies énergétiques actuelles des pays riches mènent avec certitude à une recrudescence des guerres et de la misère sur Terre. Pour les pays pauvres, tous les scénarii du futur sont des scénarii catastrophes dont ils ne sortiront pas vainqueurs, mais au contraire exsangues.
 
Enfin, l’énergie est grande responsable dans les problèmes environnementaux. A tous les stades de sa transformation, l’énergie est source de nuisances : marées noires, effet de serre, couche d’ozone, déchets radioactifs, la liste est longue et l’impact environnemental de ces nuisances n’est plus nié par quiconque. La plus grave et la plus immédiate de ces menaces est le réchauffement climatique (majoritairement dû au CO2), dont d’origine anthropique est aujourd’hui bien établie : le monde libère déjà deux fois plus de carbone que ce que la Terre peut absorber (essentiellement par les océans). Si les pays riches ne divisent pas très vite par 4 ou 5 (voire 10 pour certains) leurs rejets de gaz à effet de serre (donc aussi leurs consommations d’énergie), les désordres observés se multiplieront : inondations, tempêtes, modification des régimes de climats et de pluies, inversion des grands courants marins, voire « débullage » de l’océan qui au lieu d’absorber le CO2 relarguerait celui qu’il contient déjà.

D’ores et déjà, on sait que l’élévation de température au cours du XXIème siècle se situera, si on ne fait rien, entre 4 et 5 °C. Les « archives » climatologiques contenues dans les glaces polaires et vieilles de 720.000 ans ne contiennent aucune température terrestre correspondant à 5°C de plus que la température actuelle. En revanche, il y a 18.000 ans, à la fin de la dernière ère glacière, la température de la Terre était inférieure de 5°C à la température actuelle. Le niveau des océans était inférieur de 120 m au niveau actuel et on se rendait à pied sec de France en Angleterre, l’Europe du Nord et l’Allemagne étaient recouvertes par 3 km de glace et le sol de la France était du permafrost.... Autant dire qu’à la fin du siècle, 5°C de plus correspondront à un changement d’ère climatique, et pas à un banal changement de temps permettant de bronzer un peu plus l’été et de se chauffer un peu moins l’hiver. C’est une révolution qui nous attend, et peu de Français, même parmi les décideurs et les élus, en sont vraiment conscients.
 
Les conditions de l’équilibre en carbone sur Terre sont simples : le seul puits de carbone à long terme est l’océan. Il absorbe, bon an mal an, 3 milliards de tonnes de carbone annuellement. Comme il y a 6 milliards d’habitants sur Terre (pour l’instant....), chacun de nous, en toute équité, a droit de rejeter 0,5 tonne de carbone/an. Globalement la Terre rejette déjà le double. En clair cela signifie pour les pays riches de réduire par un facteur 4 à 5 leurs émissions de gaz à effet de serre actuelles, donc sensiblement leurs consommations d’énergie. C’est exactement ce qu’a assigné au pays le Premier Ministre de la France lors de l’ouverture du débat sur l’Energie en 2003.

A quoi correspondent ces contraintes pour le bâtiment ? Le tableau suivant fait apparaître les consommations actuelles, et les valeurs cibles à atteindre. On voit que, dans le secteur résidentiel comme dans le secteur tertiaire, il faut atteindre une consommation moyenne de chauffage sur la France d’environ 50 kWh/m².an pour satisfaire les conditions de l’équilibre en carbone.

 
Secteur
Usage

Bâtiments
<1975

Bâtiments
neufs

Ensemble
actuel

Valeurs
cibles

RésidentielChauffage kWh/m2/an

328

80 à 100

210

50

 
ECS1   kWh/m2/an

36

40

37,5

10

 
Electricité à usage spécifique (kWh/pers/an)

1000

1000

1000

250

TertiaireChauffage kWh/m2/an

209

155

196

50

 
ECS1   kWh/m2/an

19

40

29

7

 
Electricité à usage spécifique (kWh/m2/an)

?

?

96

24

Sources : Observatoire de l’énergie, INSEE
(1)  ECS : Eau chaude sanitaire

Est-ce vraiment techniquement possible ? La question ne se pose pas tout à fait ainsi. Il ne s’agit en effet pas de savoir si c’est techniquement possible ou si c’est cher. La question est plutôt de savoir quand est-ce qu’on commence à transformer les bâtiments et donc quand est-ce qu’on aura trouvé les moyens techniques et économiques pour y parvenir. Car nous n’avons pas le choix. Nous sommes condamnés à réussir ce pari technologique, ou à disparaître petit à petit. Toute discussion, toute procédure tentant à prouver le contraire ou visant à entraver cette démarche conduit à une perte de temps qui pourra coûter cher à l’humanité dans la course contre la montre qu’elle doit aujourd’hui entreprendre. La RT 2005 constitue un 1er pas face aux enjeux énergétiques du XXIàme siècle.








ombrage
Conception & Réalisation Brocelia